TO VIANDE OR NOT TO VIANDE ?

Le steak haché, toutes griffes dehors et la gueule grande ouverte, menace de détruire la Terre !

En bon enfant du monde occidental né au début des années 80 dans une famille nombreuse, chéri par mes parents, j’ai été nourri abondamment de protéines animales sous forme de cuisses de poulet ou de rouelles de porc (je vous conseille une grande prudence avec cette « viande » qui sert de base à la confection du jambon blanc : mal préparée, elle procure le même plaisir gustatif qu’un pneu bas de gamme qui serait entouré d’une épaisse couche de gras. Ou que du sable dans une bulle de gras.).

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La rouelle de porc au bon goût de pneu. Avec une couche de vieux gras.

j’ai également absorbé  un grand nombre de steaks hachés bon marché et de maquereaux en boîte sauce moutarde Carrefour. J’exclue bien sûr de cette liste les excellents petits plats du dimanche ou les festins préparés par mes grand-parents dont j’ai eu la chance d’être abreuvé et qui m’ont permis de flirter avec l’obésité.

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En cuisine, la présentation est essentielle.

En dehors de la cellule familiale, j’ai aussi eu la chance de subir les outrages de la restauration collective industrielle pour demi-pauvre qui réalisait à l’époque ses premières expérimentations sur des sujets humains non-consentants.

J’ai pu me baffrer de quenelles spongieuses aromatisées au furoncle, de paupiettes à base de cataracte de veau ou de poissons panés fourrés à la sciure de bois.

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Miam miam ! Une vraie farandole de délices ! Merci Sodexo !

Tout cela pour dire qu’à l’instar d’une majorité de mes contemporains occidentaux, j’ai englouti de sacrées quantités d’animal mort sous forme solide, liquide ou gazeuse (Dans un moment de grande tristesse, j’ai sniffé d’la viande. C’était plutôt bof bof).

La viande est partout : des bonbons (gélatine de porc ou de boeuf) au savon (le fameux « sodium tallowate » qu’on retrouve dans la majorité des savons industriels est un sel de suif saponifié composé de graisse de ruminants, généralement de bœuf (Adeps Bovis), ou de porc, et de soude (hydroxyde de sodium). Merci Wikipédia).

Quand vous êtes comme moi habitué dès l’enfance à un régime fortement carné, il vous est d’autant plus difficile de résister à la viande de qualité, aux supplications du faux-filet qui vous tend les bras, ses grands yeux bleus baignés de larmes, vous implorant à genoux de le manger. Il essaie de vous apitoyer en utilisant tous les stratagèmes, du plus noble au plus vil : il tente de vous apitoyer en vous parlant de sa solitude, de ses nuits sans lendemain passées au comptoir d’un bar interlope dans un port mal famé quelque part en Amérique du Sud, de sa famille qui l’a abandonné en lui laissant pour seul cadeau d’adieu un florilège d’insultes et de crachats, de ses coucheries avec des prostituées édentées arborant le sourire méphistophélique de #MichelDrucker ; l’instant d’après, il tente le chantage en menaçant de révéler au monde que vous avez eu de nombreuses caries dentaires et que vous avez regardé toutes les saisons de #SportBilly

et de #MarcEtSophie sur TF1.

En désespoir de cause, il vous traite de tous les noms, vous reproche de l’avoir quitté sur un coup de tête uniquement pour vous vautrer dans la luxure et le sexe…

Et là vous l’bouffez. Faut quand même pas pousser mémé dans les orties.

Le problème avec tout ça c’est que la consommation excessive de viande et de poisson est en train de détruire la planète à petit feu. Et que des peuples qui jusqu’à récemment se passaient de viande, en accédant à la richesse économique, commencent elles aussi à goûter aux joies du Mac Donald’s à tous les repas, accélérant par là-même le phénomène.

Par exemple, la demande du nouveau marché russe a été multipliée par 5 entre 2001 et 2005. (2). Eh oui, le péril rouge est toujours là !

Les dégâts qu’engendre la consommation excessive de viande s’ajoutent à ceux causés par la production d’énergie nucléaire, de carburant, de produits électroniques, d’emballages, de sacs plastiques, de casquettes « MAKE AMERICA GREAT AGAIN », de pin’s parlant #BernardMontiel… J’en passe et des meilleurs.

Concernant le poisson, le problème est simple : on est en train d’attaquer le fond du pot. Un de ces jours, si on ne ralentit pas le rythme, y’en aura plus, on en sera réduit à becter de la méduse en boîte sauce moutarde.

Mais le problème de l’industrie de la viande est encore plus pervers .

Pour commencer, c’est la deuxième source la plus importante de Gaz à Effet de Serre (GES) au monde après la production d’énergie ! Un économiste américain consultant pour la Banque Mondiale, Nathan Viala, a calculé en 2008 (1) que la production d’un kilo de boeuf dégage l’équivalent de 14,8 kg de de CO2, ce qui revient à parcourir 121 km en voiture. En relisant la phrase qui précède, je me dis : Hmmmm, cet exemple est fun mais n’est pas franchement hyper parlant.

Faisons une nouvelle tentative : « L’industrie de la viande génère à elle seule 18% des Gaz à effet de serre mondiaux, soit plus que tous les modes de transport combinés (14%) » a estimé la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) en 2006″ (3).

18%, c’est beaucoup.

Les experts de cette organisation ont été les premiers à considérer toute la chaine qui mène un steak ou une cuisse de poulet jusqu’à notre assiette… Ils ont dû organiser des filatures :

New-York, salle de réunion des experts de la FAO, 5h du matin.

Dick, une tasse de café à la main : « John, tu continues de suivre Charlotte, la cuisse de poulet. Peter, tu… »

John : « Dick, je le sens pas, je crois qu’elle se doute de quelque chose »

Dick, un verre de whisky à la main : « Qu’est-ce qui te fait dire ça ? »

John : »C’est juste un pressentiment : quelque chose d’étrange dans son regard, dans sa démarche. »

Dick, un bol de potage tomate à la main: « Ok. Peter, toi aussi tu es une cuisse de poulet, tu pourras mieux comprendre Charlotte. Vous allez bosser en duo maintenant »

Peter : « Ok patron »

John : « Non, John, tout sauf Peter ! Tu sais pourtant bien que ma femme m’a quitté pour se mettre avec ce salaud ! »

Dick, un pichet de soupe de poisson à la main : « J’EN AI RIEN A FOUTRE DE VOS HISTOIRES DE CUL ! Vous êtes ici pour bosser ! Il met des croutons dans sa soupe de poisson.  Vous êtes mes meilleurs agents… et aussi mes seuls agents. Alors VOUS ALLEZ FAIRE CE QUE JE VOUS DIS ! De rage, il jette un maquereau sauce moutarde sur le mur et sort en claquant la porte. »

Paris, Blog de Jérémie Graine

Ils ont donc additionné les émissions de GES de la culture fourragère (qui comprend la fabrication d’engrais chimiques, la déforestation pour créer des pâturages, etc.) jusqu’à la production animale (y compris la fermentation abdominale de méthane, émis par les pets et surtout les rots des bovins, et les émissions de protoxyde d’azote du fumier). Ils y ont ajouté les émissions de dioxyde de carbone durant la « transformation » (l’abattage, le découpage, etc.) et le transport. L’élevage est responsable de l’émission de

-9% du CO2 mondial

-37% du méthane

-65 % du protoxyde d’azote : un gaz au pouvoir réchauffant 275 fois plus élevé que le CO2 dégagé par les engrais, et premier responsable de la destruction de la couche d’ozone, résume Henning Steinfel, l’un des auteurs.

Glups. Ça c’est dit. Merci John et Peter.

Petite nuance tout de même, sur le plan des émissions de Gaz à Effet de Serre, le poulet est 14 fois moins polluant que le boeuf et le porc 3 fois moins.

Mais ce n’est pas une raison pour qu’on aille s’empiffrer de délicieux beignets au gras de poulet pané chez Kentucky Fucked Chicken ou de tourtes à la couenne de porc, bande de petits coquinous : eh oui, l’élevage pollue gravement les sols et les eaux. Bim.On fait tout de suite moins les malins.

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En Bretagne, en Thaïlande, en Chine, au Viêt-Nam, les lisiers de porc sont lessivés par les pluies jusqu’à la mer où leurs nutriments font exploser des marées d’algues toxiques. Près des 3/4 de la viande de volaille, la moitié de la viande de porc et un peu moins de la moitié de la viande de boeuf sont produits en élevage intensifs qui produisent des déversements concentrés de matériaux toxiques (les résidus d’azote et de phosphore des fumiers et lisiers) (3). Par exemple, en Bretagne, à cause des élevages de porc, il n’est plus possible de boire l’eau du robinet dans pas mal d’endroits. Enfin, on peut la boire mais ça fait bobo au ventre.

Non content de vomir généreusement des GES dans l’atmosphère, l’élevage mondial a besoin de beaucoup de terres… qui pourraient produire de l’oxygène. En Amazonie, l’élevage de bétail en ranch est devenu la première cause de déforestation. Près de 70% des terres boisées de cette région servent de pâturage, les cultures fourragères couvrant une grande partie du reste, selon le WWF, l’organisation mondiale de protection de l’environnement. La surface consacrée à la l’élevage intensif aurait même augmenté de 186% entre 1961 et 2001, le plus souvent aux dépends de la forêt amazonienne mais aussi de la forêt de transition et de la savane. « L’élevage est en train de transformer l’Amazonie en viande hachée » dénonçait en 2004 David Kaimowitz, directeur du Cifor (Center for International Forestry Research).

On utilise des terres qui devraient rester vierges ou produire des végétaux directement consommables par les humains pour faire de l’alimentation animale. C’est pour l’Union Européenne que s’est mise en place dans les années 1990 à 2000 la filière d’exportation brésilienne, à la suite notamment de la crise de la vache folle, la demande pour les tourteaux de soja destinés aux bovins ayant grimpé en raison de l’interdiction des farines animales. (2)

Tout ceci donne de bonnes raisons d’essayer de réduire drastiquement sa consommation de viande.

On peut y ajouter la souffrance animale : entassement, privation totale de liberté, mutilations, etc. Le livre #FautIlMangerLesAnimaux de #JonathanSafranFoer détaille un grand nombre des inventions merveilleusement sadiques que la cupidité est capable d’engendrer.

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Un livre vert, comme la Nature.

Cet ouvrage permet aussi de comprendre que la majorité de la viande produite par l’industrie provient d’animaux malades. Ce sont les maladies, le stress, les vaccins et les médicaments qui donnent ce bon goût si particulier aux viandes pas chères.

Du coup, forcément, manger beaucoup de viande n’est pas bon pour la santé. En particulier de la viande rouge qui à forte dose a des effets cancérigènes.

Dernier point : les humains employés dans la filière industrielle de la viande travaillent souvent dans des conditions catastrophiques : horaires, pression, cadences, confrontation usante à la souffrance, maladies professionnelles…

LES SOLUTIONS

-devenir #végétarien ou mieux #vegan

VEGAN : suppression totale dans sa consommation de tous les produits d’origine animale y compris vêtements, cosmétiques, etc. Le seul élément que vous ne trouverez pas dans l’alimentation végétale est la vitamine B12.  Il est donc essentiel de se supplémenter en B12 au risque de voir son système nerveux se détériorer au bout de quelques années. Mais avant d’en conclure que le régime vegan est dangereux pour la santé, il faut savoir que la B12 est produite par des bactéries vivant dans la terre. La majorité des animaux d’élevage étant élevés sur le béton ou le ciment, ils doivent eux-mêmes être supplémentés artificiellement en B12. Les vegans, en absorbant de la B12, sautent donc uniquement l’intermédiaire animal.

-Dans tous les cas, réduire drastiquement sa consommation de viande (1 fois par semaine suffit pour un adulte) et privilégier dans cet ordre dinde, poulet, boeufs élevés en plein air et #bio (le boeuf bio émettrait 30% de GES de moins que la viande industrielle). Le label rouge garantit un certain naturel (volailles élevées en plein air, quantité d’antibiotiques limitées).

Un des avantages annexes, c’est qu’on fait des économies : la viande, c’est cher.

-Remplacer les protéines animales par des protéines végétales. Par ordre décroissant de teneur en protéines pour chaque catégorie

LES LEGUMINEUSES : lentilles, fèves, pois cassés, haricots blancs crus, pois chiches.

LES CEREALES : quinoa, blé, riz, seigle, sarrasin, maïs, pain complet

LES FRUITS SECS ET LES OLEAGINEUX : noix de cajou, noisettes, pignons, pistaches et noix

LE SOJA sous forme de TOFU ou de fèves

LE SEÎTAN : un dérivé du blé plus riche en protéines que le boeuf

Privilégier la proximité avec les producteurs : vérifier l’origine chez le boucher, se fournir dans des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) : www.reseau-amap.org

Reste un problème à anticiper : le sort des éleveurs et de tous les emplois liés à cette filière… Mais d’un autre côté, si la production de viande se désindustrialise et se fragmente, peut-être y aura-t-il au contraire plus d’emplois plus agréables à créer ?

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Le premier document qui m’ait alerté sur le problème de la viande : le célèbre documentaire « Home » de Yann Arthus-Bertrand. En libre accès sur You Tube  :

https://www.youtube.com/watch?v=NNGDj9IeAuI

1. « Meating the demand : An estimation of potential future greenhouse gas emissions from meat production », Ecological Economics, 2008, 67 (3), 412-419.  www.nathanfiala.com/Meeting%20the%20Demand.pdf

2. « La connexion hamburger appliquée à l’Amazonie brésilienne », Guillaume Marchand, , Confins (revue francio-brésilienne de géographie), n°5, 2009. Https://confins.revues.org/index5816.html

3. »Livestock long shadow », « l’ombre portée de l’élevage », ONU. www.fao.org

4. »Consommer moins de viande préserve la couche d’ozone » par Rachel Mulot, in Science et Avenir, oct. 2009. Cet article a été ma source principale.

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